Bienvenue dans les Archives de Pagatia.
Ce que vous trouverez ici ne figure dans aucun manuel. Ces pages consignent ce que le royaume préfère oublier — les règles non écrites, les vérités interdites, les fragments que les Apostres ont jugé trop dangereux pour être conservés.
Vous avez la clé. Vous avez le droit d'entrer.
Ce que vous faites de ces connaissances vous appartient.
Ce que l'on sait de Pagatia. Ce que l'on préfère ignorer.
La religion est au cœur de la vie à Pagatia. Une fois par mois, chaque village se réunit dans la Grande Salle pour honorer Dame Nature — une pratique collective, fortement recommandée, que personne ne songe vraiment à remettre en question. Ne pas s'y rendre n'est pas interdit. Mais cela se remarque. Ce qui se dit dans la Grande Salle reste dans la Grande Salle. Ce qui s'y décide, en revanche, s'étend bien au-delà.
La société de Pagatia est répartie en ordres distincts, chacun avec ses droits, ses devoirs — et ses silences. On distingue l'Apostrie, qui détient l'autorité spirituelle et institutionnelle. L'armée, qui fait tenir l'ordre. Et le peuple, qui fait tenir tout le reste. La noblesse existe — mais elle n'est pas un ordre officiellement reconnu. Ce qu'elle détient, elle le détient autrement. Les frontières entre ces ordres sont claires sur le papier. Dans les faits, elles sont poreuses là où personne ne regarde.
Une loi ancestrale, divine. Chacun en connaît l'existence. Presque personne n'en connaît les termes exacts. Le Pacte lie deux personnes — et si l'une d'entre elles manque à sa parole, elle se maudit elle-même et bénit automatiquement l'autre. Les serments ne sont pas des promesses. Ce sont des contrats que la terre elle-même enregistre. Certains disent qu'il a été signé avec de l'encre. D'autres, avec autre chose.
Tous les cinq ans, chaque village, chaque ville, chaque communauté choisit un nom. Un seul. Ce nom représentera les siens dans le grand tournoi. Ce qui se passe ensuite dépend de ce que l'on est prêt à sacrifier.
Pagatia est divisée en cinq régions, chacune avec son caractère propre. Le Nord, rude et isolé, où les hivers durent plus longtemps que partout ailleurs. Le Sud, désertique, tourné vers les côtes — aride, mais ouvert sur le monde. L'Est, rocheux, sauvage, indomptable — un territoire que personne n'a vraiment apprivoisé. L'Ouest, forestier et montagneux, fermé sur lui-même. Et au centre, la Capitale — terre plus clémente, plus fertile, siège du pouvoir et carrefour de tout ce que les autres régions envoient, volontairement ou non.
À Pagatia, tout le monde n'a pas le droit de partir. Les lois de mobilité restreignent les déplacements selon l'origine et le rang. Franchir certaines frontières sans autorisation ne se fait qu'une fois.
À Pagatia, le temps ne se mesure pas comme ailleurs. Il s'écoule selon un système décimal strict — tout est compté en base 10 — et structuré autour des Glokkes, les cloches qui rythment la vie quotidienne.
La journée est divisée en vingt Glokkes, elles-mêmes regroupées en cinq cloches distinctes :
Quatre Glokkes de travail à l'aube (Primitas), quatre de labeur (Secundates), quatre autres d'activité (Tertiates), deux pour la méditation (Quaternas), puis six entières pour le sommeil (Ultimates). Tout y est mesure, discipline, et offrande au cycle de la vie.
La Glokke n'indique pas l'heure — elle ordonne la transition. Quand elle sonne, toute la communauté passe simultanément d'une activité à la suivante. Ce n'est pas une suggestion. C'est le rythme collectif de Pagatia, imposé à tous sans exception.
Ignorer une Glokke ne passe pas inaperçu. Selon la récurrence et l'appréciation de l'Apostre ou du Gouverneur, les conséquences sont graduées : un rappel à l'ordre pour une première infraction, une amende en cas de récidive, et dans les cas les plus graves — ou les plus obstinés — l'exclusion du village. À Pagatia, le rythme n'est pas une contrainte parmi d'autres. C'est l'ordre lui-même.
Les mois sont divisés en décans — des périodes de dix jours. La plupart des mois comptent 30 jours (trois décans), quelques-uns 20 jours (deux décans). Le mois du Pentaetion est un cas à part : il obéit à ses propres règles, dictées par le tournoi lui-même.
L'année est divisée en 12 ou 13 mois selon l'année. Les années ordinaires comptent 12 mois. Les années du Pentaetion — tous les cinq ans — en comptent 13. Ce mois supplémentaire est le temps du tournoi, du rassemblement, de ce qui change.
Les quatre saisons structurent l'année de Pagatia. Chacune porte un nom, un caractère — et une transition marquée par un solstice ou un équinoxe :
L'Équinoxe de la Brume — séparant le Feu de l'Eau — est aussi le jour de la Fête de la Brume, l'une des célébrations les plus importantes du calendrier de Pagatia.
L'élite des Gardes royaux — et bien davantage que ça. L'Egrégore du Lys Noir ne fait pas partie de la Légion ordinaire. Ce sont les meilleurs, placés sous le commandement direct du Capitaine de la Garde royale. Officiellement, ils n'ont pas vocation à apparaître en public. Leur présence est supposée rester invisible, réservée aux missions que personne ne doit voir.
C'est pourquoi leur apparition à Donzel a provoqué un choc. Civils comme agents sous couverture : personne ne s'y attendait. Et quand l'Egrégore du Lys Noir apparaît là où il ne devrait pas être, c'est que quelque chose de grave se prépare — ou vient de se produire.
Les Anciens sont des hommes ayant dépassé les cinquante saisons de la Terre — c'est-à-dire ceux qui ont vécu et survécu à cinquante saisons froides. Ce seul fait leur confère un statut particulier dans leur communauté.
Leur rôle est consultatif et mémoriel : ils transmettent oralement les usages, les traditions du vivre-ensemble, et un savoir accumulé au fil des générations — un savoir distinct de ce qu'enseigne l'Apostre, plus ancré dans le quotidien que dans le spirituel.
Jadis, c'était également eux qui étaient chargés de percevoir les impôts au sein de chaque communauté, à tour de rôle. Un rôle qui n'est plus le leur depuis que les choses ont changé.
L'Intendance désigne la charge de percevoir les impôts au sein de chaque communauté. Longtemps, ce rôle revenait aux Anciens — à tour de rôle, comme un devoir partagé entre pairs.
Depuis quelques années, les choses ont changé. C'est désormais l'Apostre de la ville ou du village qui perçoit. Ce qui était autrefois un geste de soin et de foi est devenu, aux yeux du peuple, un geste de prélèvement. Les Apostres — guérisseurs, théologiens, figures de confiance — n'ont pas changé. Mais leur image, elle, a changé.
Qui a décidé de ce transfert de charge, et pourquoi, c'est une question que peu osent poser à voix haute.
L'Âme Solitaire · Tome I · Fragment
Il y avait ceux qui regardaient les combats. Et ceux qui regardaient la foule.
Olyvar, du fond du couloir des candidats, ne regardait ni l'une ni l'autre. Il regardait la lumière.
Elle entrait par l'ouest, rasante, dorée, et coupait l'arène en deux : une moitié de feu, une moitié d'ombre. Les vieilles colonnes — vestiges d'un temple que personne ne savait plus nommer — dressaient leurs fûts brisés au milieu du sable, et chacune portait son flanc clair et son flanc noir.
Foncer tout de suite vers la gourde.
Trois Glokkes qu'il retournait la phrase de Vorst. Trois Glokkes qu'elle lui semblait folle. Les candidats prudents survivaient ; les candidats pressés mouraient dans les chansons, jamais dans les annales. Tout ce qu'on lui avait appris disait d'attendre, de jauger, de laisser les deux autres s'user.
Tout ce qu'on lui avait appris venait de gens qui n'avaient jamais vu brûler leur village.
Sous sa manche gauche, cousues à plat dans le lin, les plaques de métal poli pesaient à peine. Quatre. Polies toute la matinée par les villageois avec de la cendre fine — la cendre, au moins, ils n'en manquaient pas. Deux autres attendaient déjà dans l'arène, calées à l'aube dans les fissures de la troisième et de la cinquième colonne, quand il était venu « prier » sur le sable, sous l'œil indifférent des soldats royaux. Un noble qui prie avant l'épreuve. Personne ne fouille la piété.
Mais ce matin-là, en repartant, il avait fait autre chose.
Trois cordes fines — celles que les pêcheurs d'Augustia utilisent pour les nasses, presque invisibles sur le sable mouillé — reliaient les bases des colonnes entre elles, puis couraient jusqu'au pilier central, nouées à une boucle de cuir. Une boucle exactement à la hauteur de son talon gauche. Vorst avait compté les pas avec lui ce matin même, les yeux fermés, pour qu'il les retrouve sans chercher.
Et depuis, Olyvar n'avait plus souri du tout.
*
Le principal conteur d'Augustia leva la main et la foule se tut.
Vêtu d'une robe sombre, il s'avança. Ses yeux noirs balayèrent l'assemblée comme pour en peser l'âme. Sa voix s'infiltra entre les dalles, froide et lente :
— Contester le bétyle ? Remettre en cause son jugement ?
Il eut un bref rire, sans chaleur, et secoua la tête.
— Ceux qui renient ce qui est gravé dans la pierre sont voués à une damnation pire que la mort.
Coemgenus tressaillit. Rangel laissa le silence s'installer. Puis :
— Plus de nom. Plus d'héritage. Plus de souvenirs.
Il frappa le sol de son bâton. Le claquement résonna comme un coup de fouet. Un léger tremblement parcourut les dalles. Olyvar ne bougea pas, la tête baissée.
— Ce n'est pas la chair qu'on condamne, mais l'essence. Les traîtres à la Betyle disparaissent. Pas seulement des livres. Pas seulement des chants. Des mémoires, elles-mêmes. Comme s'ils n'avaient jamais vu le jour.
Isaak se crispa. Un frisson glissa sur la foule. Certains croisèrent les bras. D'autres détournèrent les yeux.
— Voilà pourquoi nul ne discute. La Betyle ne se trompe pas. Elle ne pardonne pas. Elle est.
Il recula. Puis les aides entrèrent, guidant les trois candidats qui s'avancèrent prudemment, interdits de voir le moindre indice du public.
Angelika prit le bras de Coemgenus. Isaak fut guidé par son cousin Marko. Et Olyvar...
Une silhouette mince s'approcha.
— Tu es sûr de toi ? murmura Olyvar.
— J't'ai trouvé le moyen d'gagner et d'aller à Urbaricis, répondit Vorst, sa voix basse mais assurée.
Un frémissement parcourut les tribunes. Certains reconnaissaient la voix. Et comprenaient.
Reisen s'avança d'un pas lent, sa voix vibrante comme un glas d'autrefois :
— Les lauriers de la victoire attendent celui qui triomphera. Son nom, celui de son père, de sa cité, seront proclamés. Et sa gloire sera nôtre.
Le carnyx sonna.
— Candidats de l'Ouest ! La gourde du Vallebarián attend au pilier central. Qu'elle soit aux mains de l'un de vous quand la Glokke sonnera — et que la Nature juge !
Olyvar s'avança dans la lumière. À sa ceinture, l'épée émoussée — comme celles d'Isaak et de Coemgenus, comme celles de tous les candidats. De quoi parer. De quoi saigner, à la rigueur. Pas de quoi tuer. L'arène du Pentaetion ne voulait pas de morts : elle voulait des vaincus. Ce détail, à cette heure, lui semblait presque drôle.
* *
Un silence absolu s'installa. D'un même souffle, les trois Apostres élevèrent la voix. Trois paroles, une seule sentence :
— Que l'épreuve commence.
Vorst fit un signe à un homme de petite taille vêtu d'une tunique bleu nuit, dissimulé sous les toiles. Celui-ci acquiesça... et d'un geste, découvrit toutes les structures.
La lumière du jour jaillit sur l'arène, crue, presque violente. Les trois aides débandèrent simultanément les yeux. Les candidats clignèrent des yeux, s'adaptant. Un souffle collectif parcourut les gradins. Les gens se cachaient le visage à l'aide de leurs mains.
Les bandeaux tombèrent. La lumière jaillit. Un instant d'aveuglement.
Olyvar fonça sans attendre. Isaak hésita. Coemgenus recula d'un pas.
Et dans les tribunes, le silence se brisa d'un coup. Pas un cri. Pas un mot. Un souffle collectif. Comme si l'air lui-même venait de comprendre.
Ils n'étaient pas trois.
Isaak se tenait à droite. Massif, immobile, les bras le long du corps — cette immobilité célèbre qui avait vidé le courage de douze adversaires avant lui. On disait qu'aucune lame ne l'avait jamais touché. On le disait beaucoup. On le disait surtout dans les tavernes où l'on prenait les paris.
Coemgenus, à gauche, saluait. C'était chez lui, ici. Il connaissait chaque colonne, chaque creux du sable, et la foule scandait déjà son nom. Mais Olyvar vit ses doigts. Ils ne saluaient pas avec le reste. Ils restaient près de la bourse, à la ceinture, comme on garde la main sur une dette.
Dans les gradins, Olyvar reconnut les visages que Vorst lui avait appris à voir. Le marchand qui n'applaudissait pas au bon moment. La femme entre deux ombres, doigts tachés de cire. Tous tournés vers Isaak comme vers une récolte. Leur excitation est fausse, dosée, mesurée. Isaak avait combiné avec eux : parier sur sa propre victoire, faire gonfler la cote, laisser l'argent des autres financer sa couronne. Une forteresse de regards et de feuillets.
Très bien. Il allait leur coûter cher.
La Glokke d'ouverture tomba.
Isaak ne bougea pas. Coemgenus amorça son cercle, prudent, par l'ombre.
Olyvar courut.
Droit. Sans feinte. Mais pas vers la gourde.
Vers le pilier central. Son talon gauche trouva la boucle de cuir au troisième pas — exactement là où Vorst l'avait promis. Un seul geste, bref, sec, vers l'arrière.
Les trois cordes se tendirent d'un coup.
Les toiles tombèrent.
Toutes, simultanément, depuis les bases des colonnes jusqu'aux crêtes, dans un bruissement de tissu qui couvrit une seconde entière le bruit de la foule. Et derrière chaque toile : des dizaines de plaques de métal poli, disposées en éventail, toutes orientées vers le centre de l'arène — vers lui.
L'arène explosa de lumière.
Pas la lumière ordinaire d'un après-midi de la saison du feu. Quelque chose de cru, de presque violent — des dizaines d'éclats qui jaillirent des colonnes vers un seul point, se renvoyant les uns les autres, et dans chaque reflet, la même silhouette. La même cape. Le même homme, multiplié à l'infini sur les colonnes, sur le sable, sur les murs de pierre. Olyvar partout. Olyvar nulle part. La foule porta les mains à ses yeux. Depuis les gradins, depuis l'arène elle-même, il était impossible de savoir où il se trouvait vraiment — chaque éclair portait sa forme, chaque colonne renvoyait son ombre.
Isaak stoppa net.
Sa tête pivota — gauche, droite, les reflets partout, la même silhouette qui courait sur toutes les surfaces à la fois. Coemgenus fit volte-face, plongea sur une ombre, racla la pierre nue, jura.
Olyvar, lui, courut vers la cinquième colonne.
La gourde était au sommet, exactement là où personne n'avait pensé à regarder — ni Isaak, ni Coemgenus, ni les gradins qui cherchaient du cuir à hauteur d'homme. Il escalada les premiers blocs de pierre, les doigts dans les fissures, et la sentit avant de la voir — le cuir tiède, le poids de l'eau, cette promesse tenue. Il la glissa sous son bras et sauta au sol, l'épée tirée.
Un instant entier, personne ne sut où regarder.
C'était l'instant qu'il avait acheté.
* * *
Olyvar avait étudié Isaak comme on étudie une rumeur. S'il n'a jamais été touché... c'est p't-être parce qu'y touche jamais personne non plus. La voix de Vorst, encore. L'intimidation. La réputation. Une forteresse de regards.
Quand Isaak le trouva enfin parmi les reflets, il chargea. La falaise qui se souvient qu'elle peut tomber. Et Olyvar, au lieu de rompre, entra dedans.
Le choc lui remonta jusqu'à l'épaule. Mais il l'avait touché. L'acier émoussé avait raclé l'avant-bras du colosse, une estafilade de rien, trois gouttes sur le sable — et l'arène entière les vit tomber.
Trois gouttes. Douze ans de légende.
Quelque chose vacilla dans les yeux d'Isaak. Pas la douleur. Le prix. Quelque part dans les gradins, des feuillets venaient de perdre leur valeur, et il le savait, et c'était cela, comprit Olyvar, qu'on avait acheté chez lui : non pas sa victoire, mais son invulnérabilité. Un dieu qui saigne ne rapporte plus.
Isaak frappa alors pour de vrai, et le monde rétrécit.
Olyvar recula sous l'orage, de reflet en reflet, les éclats des plaques continuant de multiplier sa silhouette sur les murs, sur le sable, sur les visages levés des gradins. Coemgenus, revenu dans la danse, plongea sur une ombre, racla la pierre nue une deuxième fois, jura encore. Isaak hésitait entre dix Olyvar à la fois.
Ils courent contre la lumière, pensa Olyvar, et il faillit rire, et le rire lui aurait coûté la tête : la lame d'Isaak passa où son cou s'était trouvé.
Il roula. Le sable lui mordit la joue. Il se redressa derrière la deuxième colonne et observa. Au milieu de l'arène, le colosse levait l'épée à deux mains. Coemgenus arriva dans son dos et vit l'ouverture que tout homme libre aurait prise pour fuir.
Il ne la prit pas. Il le défia.
Un demi-instant de trop, les yeux d'Isaak se posèrent non pas sur Coemgenus mais sur les gradins — sur la femme aux doigts de cire — comme on attend une permission. Coemgenus la vit, cette hésitation. Elle valait tous les aveux du monde.
Alors Isaak se tourna vers Coemgenus et porta un coup.
Ce dernier se releva dans le coup d'Isaak, à l'intérieur de l'arc, là où la force d'un géant ne sert plus à rien, et son pommeau trouva le menton du colosse avec un bruit de porte qu'on ferme. Dans leur dos, une centaine de reflets en tous sens donnèrent aux deux combattants l'illusion d'une attaque soudaine d'Olyvar. Mais elle ne vint pas.
Coemgenus jeta un œil derrière lui — les reflets partout, Olyvar introuvable — puis fit son choix. Il enchaîna avec un deuxième coup au visage d'Isaak.
Le champion d'Hercynia tomba un genou en terre. La foule hurla. Écartelé entre sa réputation et sa dette, Isaak choisit trop tard : il se releva et sa charge arriva sur une épée déjà tournée vers lui. Il s'arrêta net, la pointe de Coemgenus posée sur son sternum, légère comme un reproche.
— Tu as été déloyal, dit le champion d'Augustia, assez bas pour que seul lui entende. Depuis le début.
Le champion d'Hercynia ne répondit pas. Ses yeux répondirent pour lui. La Glokke sonna. Tous les yeux convergèrent vers un point. Les deux combattants au centre se tournèrent à leur tour.
Sur la cinquième colonne, quelqu'un se tenait debout.
* * *
Olyvar leva l'eau du Vallebarián face au soleil couchant. Derrière lui, les plaques renvoyaient encore la lumière — des dizaines de reflets qui s'éteignaient lentement, comme une foule qui comprend enfin ce qu'elle a vu.
L'arène scanda son nom. Olyvar. Olyvar. Le noble de la maison blanche sur la colline. Le nom qu'Ahnaroc n'avait jamais aimé.
Il chercha dans la foule le seul visage qui comptait.
Vorst était à la balustrade nord, là où il s'était tenu toute l'épreuve — là où une aide n'a plus rien à faire une fois que les bandeaux sont tombés, et où un homme qui ne veut pas être vu se fond parfaitement dans la foule. Il ne criait pas. Il ne souriait pas non plus — pas tout à fait. Il regardait les gradins, les parieurs, la femme aux doigts de cire qui se levait déjà pour disparaître.
Même maintenant, il regardait la foule.
Olyvar baissa la gourde. Quelque chose lui serra la gorge, qui n'était pas la fatigue. La foule criait un nom, et ce n'était pas le bon, et il était le seul ici à le savoir.
Non, pensa-t-il. Pas le seul.
À la balustrade, la place de Vorst était déjà vide.
Ce que l'on sait. Ce que l'on devine. Ce qui reste scellé.
Version autorisée par les Apostres. Incomplète par définition.
La Capitale. Siège du pouvoir, cœur administratif de Pagatia. Terre clémente, fertile. Ce que les autres régions envoient — richesses, soldats, problèmes — finit toujours ici.
Rude et isolé, bordé par le lac qui sépare le nord du reste de l'île. Territoire où le Northikine souffle le plus fort. Population clairsemée. Les lois de mobilité s'y appliquent différemment — ce qui n'est pas nécessairement un avantage.
Rocheux, sauvage, indomptable. Un territoire taillé dans la pierre que personne n'a vraiment apprivoisé. Là où arrivent ceux qui ne devraient pas arriver — et où restent ceux que personne ne cherche.
Forestier et montagneux, fermé sur lui-même. Deux villes, deux tempéraments. Certaines forêts de l'Ouest n'ont pas de nom. On ne les traverse pas. On ne demande pas ce qui s'y trouve.
Désertique, tourné vers les côtes. Aride, mais ouvert sur le monde extérieur d'une façon que les autres régions ne sont pas. Ce que les habitants du Sud appellent une fenêtre, les autres appellent une frontière.
L'Âme Solitaire — Tome I des Chroniques de Pagatia
Propriété intellectuelle & conditions d'utilisation
L'ensemble des éléments constituant ce site — textes, extraits, noms de personnages, lieux, systèmes narratifs, chronologies et tout élément de l'univers des Chroniques de Pagatia — est la propriété exclusive de Veni De Sá et est protégé par les lois suisses, françaises et internationales relatives au droit d'auteur.
Le nom Veni De Sá est un nom d'auteur déposé et protégé auprès de l'Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle (IPI) en Suisse.
Toute reproduction, représentation, modification, publication ou adaptation de tout ou partie des éléments de ce site — quel que soit le moyen ou le procédé utilisé — est strictement interdite sans autorisation écrite préalable de l'auteur.
Les extraits du tome I publiés sur ce site sont des œuvres protégées. Leur reproduction partielle à des fins de citation est tolérée dans la limite de trois phrases, à condition de mentionner explicitement : © 2026 Veni De Sá — Chroniques de Pagatia et l'adresse du présent site.
Toute reproduction à des fins commerciales est formellement interdite.
Les questions transmises via les Échos du Pacte restent la propriété intellectuelle de leurs auteurs. En les soumettant, ceux-ci accordent à Veni De Sá le droit de les publier, en tout ou partie, sur ce site et dans les volumes de la saga Chroniques de Pagatia, sans contrepartie financière.
Tout contenu soumis à caractère injurieux, diffamatoire ou contraire aux lois en vigueur sera rejeté sans délai.
Les noms propres, lieux, institutions et éléments narratifs de l'univers de Pagatia — incluant sans s'y limiter : Pagatia, Vorst, Olyvar, Ahnaroc, le Pentaetion, le Pacte, les Apostres, la Mörderstrada, les Glokkes — sont des créations originales de Veni De Sá et bénéficient à ce titre de la protection du droit d'auteur.
Pour toute demande relative aux droits d'auteur, demande de reproduction ou partenariat :
Via le formulaire des Échos du Pacte, en indiquant "Demande de droits" en objet.
Vos hypothèses. Vos pressentiments. Ce que vous croyez avoir compris.
Ce que les lecteurs ont osé écrire. Ce que Pagatia a jugé digne d'être consigné.
Ceux dont le nom mérite d'être consigné.
Ceux que Pagatia a façonnés. Les endroits qu'elle a marqués.
Ce que vaut une chose à Pagatia. Et ce que ça coûte de l'obtenir autrement.
La monnaie officielle de Pagatia s'appelle le Pactole. Dans les faits, personne ne dit "Pactole" — tout le monde parle des Talorim. 100 Talorim font un Pactole.
L'économie de Pagatia est à deux vitesses : traditionnelle et d'échange direct pour les villages les plus modestes, dirigée par le roi et les Fondateurs pour le reste. Ce que les Fondateurs font exactement de cette autorité, peu de gens le savent avec précision.
Les Talorim existent en cinq matières. Leur valeur dépend du poids : 2 écailles de Dame Nature par pièce — soit environ 4 grammes dans le monde connu.
À titre indicatif — les prix varient selon la région, la saison et l'Apostre ou le Gouverneur en place. La solde d'un soldat est de 300 Talorim.
* Autorisation de déplacement obligatoire. Le prix varie selon la distance et le type d'embarcation ou d'escorte.
Ce qui suit est officiellement inexistant. Les Apostres n'en tiennent pas de registre. Les Fondateurs font semblant de ne pas savoir.
On parle parfois d'une monnaie parallèle — les Dodon, valant chacun 15 Talorim. Leur usage, leur émission et même leur simple possession sont passibles d'emprisonnement.
La plupart des habitants les considèrent comme une légende urbaine. Aucun prisonnier n'a jamais été arrêté officiellement pour possession de Dodon. Aucun registre n'en fait mention. Ce qui ne signifie pas qu'ils n'existent pas.
Tous les échanges doivent se faire en public, sur la place du village — appelée parfois Feirum. Il est illégal de conclure une transaction dans les caves, ruines, bosquets, égouts, catacombes ou souterrains. Ce qui s'échange dans l'ombre n'a pas de statut légal — et pas de protection.
Une affaire conclue se scelle de deux façons selon le rang :
L'organisation qui encadre et supervise les échanges à Pagatia s'appelle les Fondateurs. Ils rendent compte directement au roi. Ce qu'ils font exactement de cette autorité — et comment ils l'exercent — reste largement opaque. On sait qu'ils existent. On sait qu'ils ont du pouvoir. Le reste appartient encore à l'ombre.
L'exploitation des mines de Pagatia n'est pas libre. Une seule organisation détient l'autorisation officielle d'extraire les minéraux de l'île : la Guilde de l'Or Croisé. Aucune extraction ne peut légalement se faire sans son aval — ni par un particulier, ni par une région, ni par une cité corporatiste.
Ce monopole fait de la Guilde un acteur économique central, dont le poids dépasse largement le cadre minier. Qui contrôle les métaux contrôle une part significative des exportations — et donc des relations avec l'Empire. Ce que la Guilde fait de cette position, et à qui elle en rend compte réellement, sont des questions que peu osent poser à voix haute.
Les échanges de Pagatia avec le monde extérieur passent principalement par l'Empire.
Pagatia importe — produits de luxe, tissus, soie, épices des terres lointaines, couleurs, céramique.
Pagatia exporte — métaux des mines (étain, cuivre, argent), pierres précieuses pour la bijouterie, et verre — notamment pour les miroirs, dont la réputation dépasse largement les frontières de l'île.
Ce que Pagatia abrite. Ce qu'elle cache. Ce qu'elle nourrit.
Indépendamment des régions, certaines espèces sont présentes dans l'ensemble de Pagatia : chevaux, troupeaux ovins, bovins et porcins, canards, chèvres, cochons et moutons. Animaux de travail, de subsistance, d'élevage — le quotidien de la grande majorité des habitants de l'île.
Loups, ours, renards des neiges, bœuf musqué, chèvres des montagnes, loutres, morses, orques, aigles du Nord, corbeaux. Nombreuses espèces maritimes glaciaires le long des côtes.
Saxifrage, lichens, mousses, baies sauvages, champignons, conifères (sapins et épicéas), pavot arctique, camarine, saule rampant.
Aigles des cimes, lynx, daims, cerfs, mouflons, ours, chèvres, castors, antilopes, serpents. Espèces maritimes des eaux froides sur les côtes orientales.
Herbes aromatiques, cactus, Saguaro, Ocotillo, Créosotier, Yucca, Agave, Palo Verde, buissons épineux. Tulipes en fleur (rares). Banyan, Dragonnier, Flamboyant et Acajou selon la proximité avec les marais de l'Icaraldum.
Scarabées, lézards, scorpions, araignées, salamandres, serpents, chameaux, oryx, gazelles, ânes sauvages, bouquetins, putois, chats, lièvres du désert, renards du désert, vautours. Espèces maritimes des eaux tempérées sur les côtes.
Hélichryse, cactus, palmiers, dattiers, cocotiers. Banyan, Dragonnier, Flamboyant et Acajou selon la proximité avec les marais de l'Icaraldum au Sud.
Écureuils, moineaux, loups, papillons, ours, renards, hérissons, lapins, lièvres, chiens, couleuvres, hiboux. La forêt d'Epson et les forêts sans nom abritent d'autres espèces — dont on préfère ne pas parler.
Viola, blé, orge, vignes, arbres fruitiers, champignons, épicéa, sapin, mélèze, hêtre, chêne, gentiane, arnica, roseaux, eucalyptus.
Ancolie, roseaux, plantes aquatiques, cyprès, mousses, nénuphars, palétuviers, herbe à scie.
On ne demande pas ce qui vit dans les marais de Pitchroe.